« Nurse Jackie » : « God, make me good, but not yet ! »

Publié le par tejipe


Pilote (Showtime)

Le pilote de cette toute nouvelle série - produite par la chaine « Showtime » et qu’elle ne diffusera que le 8 juin prochain - m’a moyennement convaincu. On sent néanmoins qu’elle possède un potentiel en gestation qui ne demande qu’à s’exprimer.


Le but de tout premier épisode est de planter le décor et de nous présenter le protagoniste et les personnages principaux. Celui de « Nurse Jackie » s’acquitte à merveille de sa tache, mais sans en faire plus que son office.

Le pilote s’ouvre par une mise en abyme qui nous éclaire sur le personnage de Jackie Peyton et sur l’orientation future qu’il va prendre. Il débute comme si l’infirmière émergeait d’un rêve ouaté. Hormis qu’elle git sur le sol, terrassée par le mal dont elle souffre. Une horrible lombalgie chronique la fusille littéralement. La douleur se réveille dans les moments les plus inattendus, notamment quand Jackie s’offre du bon temps avec son amant Eddie, comme pour lui donner mauvaise conscience. Le seul moyen de dompter le mal dont elle souffre est de « sniffer » – littéralement – seize minuscules gélules – « pas une de plus, ni une de moins » - de « Percocet », que lui procure son ami pharmacien. Jackie se les « enfile » par voix nasale, comme elle le ferait avec un rail de coke. Lors de ce prologue, le rouge vif des pilules - qui perlent de leurs emballages telles des gouttelettes de sang -  contrastent avec la blancheur immaculée de l’environnement quasi-onirique dont Jackie émerge.

L’épisode va donc jouer constamment sur cette dichotomie durant les trente minutes qu’il dure. Jackie Peyton est un personnage « mi-ange, mi-démon » et ses actions reflètent constamment cet état d’esprit contradictoire. L’infirmière est, en fait, une personne à la fois unique et terriblement banale. Elle n’est ni blanche, ni noire mais composée d’une multitude de nuances de gris. Jackie est à l’opposé du personnage d’une autre infirmière, nunuche et rêveuse, celle-ci - « Nurse Betty », interprété par Renée Zellweger.

Le pilote est emmaillé de très nombreuses références religieuses et bibliques. Dans l’épilogue, Jackie que Zoey, une nouvelle recrue de l’hôpital compare à une sainte, cite une phrase de Saint-Augustin, « Dieu, faites de moi une bonne personne, mais pas tout de suite ». Des Carmélites curieuses et espiègles se promènent dans les couloirs de l’hôpital, Jackie et Mohammed, un confident et aide-soignant homosexuel, sont allongés sur les bancs d’une église et ils dissertent sur un tableau représentant « Salomé demandant à Hérode Antipas la tête de Saint Jean-Baptiste ». C’est la seule fois dans l’épisode où une femme incarne un mauvais rôle.

La série - originale sur ce point - se focalise davantage sur les infirmières que sur les docteurs. Ces premières – à travers le personnage de Jackie – sont présentées comme des êtres compassionnels et attentionnés. « Nurse Jackie » est une création typiquement féminine. Les trois « showrunners » de la série sont des femmes, de même que la productrice. Hormis Jackie, l’autre forte personnalité de la série est le docteur Eleanor O’Hara, la meilleure amie de Jackie Peyton. Est-ce un hasard si les deux femmes possèdent des prénoms de « first ladies » américaines, « Jackie Kennedy » et « Eleanor Roosevelt” ?

A l’inverse, le médecin qui la chapeaute est un « bleu » arrogant qui, dès les premières minutes du pilote, cause la mort d’un jeune livreur à vélo, en établissant un diagnostique erroné. Au sein de l’hôpital dans lequel elle évolue, Jackie est une employée « multicartes ». Hormis son rôle de soignante, elle doit aussi faire office d’assistante sociale et de psychologue. Elle agit, elle écoute et elle console. On pourrait s’attendre de la part des créatrices – à travers leur série - à une charge misandre, mais l’attitude égoïste et puérile de l’inexpérimenté mais prétentieux Docteur Fitch Cooper est contrebalancée par celle, tendre et généreuse, de l’amant-ami de Jackie. Quoique ! Le personnage le plus ignominieux de l’épisode reste tout de même un homme. Un diplomate libyen qui a lacéré  de nombreux coups de couteaux le visage et la poitrine d’une prostituée. Le SAMU transporte la jeune femme traumatisée et couverte de sang aux services des urgences.  Cette dernière a arraché l’oreille de son agresseur. Elle la tend à Jackie, qui ordonne de la mettre dans la glace. Quand elle confronte le vil énergumène dont la tête est ceinte d’un bandage, elle se ravise. Pour se venger du sort réservé à la victime, Jackie va jeter l’oreille dans les toilettes, après lui avoir susurrée « je t’emmerde ».

L’épisode n’est pas avare en scène de ce genre, même si elles ne possèdent pas toutes une telle intensité dramatique et une même ironie mordante. A l’image des policiers, Jackie est toujours en service. Alors qu’elle déjeune dans un restaurant chic en compagnie d’Eleanor, l’infirmière pratique sur une vieille rombière qui manque de s’étouffer, la « Méthode de Heimlich ». Au préalable Jackie aura évoqué avec le docteur - de façon cynique et détaché - les traumatismes qui pourraient survenir si l’aliment restait coincé trop longtemps dans l’œsophage et des lésions cérébrales qui pourraient en découler. Ces va-et-vient constants qui oscillent entre cynisme des propos et altruisme des actions (ou le contraire) représentent l’estampille de la série. Cette dernière possède des dialogues qui se veulent spirituels mais profonds, des situations à la fois intenses et légères, une sorte de poésie du quotidien synthétisé par l’oxymore « ce monde est brutalement beau ».

Le rôle de Jackie Peyton est porté à bout de bras par l’excellente actrice Edie Falco, plus connue dans son rôle de Madame Tony Soprano. Son physique, peu banal, est tout de même captivant. Son visage de femme mure, que la vie a marqué de ses empreintes, est éclairé par deux magnifiques  yeux d’un bleu profond. Je me répète, mais là encore, l’ambivalence des traits reflète celles des propos. Le reste du casting de la série est malheureusement assez anodin.

Même si le résultat de ce premier épisode est en demi-teinte, l’expérience « Nurse Jackie » est tout de même à renouveler pour l’excellente prestation d’Edie Falco et pour le potentiel sous-jacent que possède la série. Une affiche promotionnelle de « Showtime » nous montre « Nurse Jackie » tenant dans sa main une seringue, érigée de telle sorte que l’on a l’impression que l’infirmière nous fait  un « doigt d’honneur ». Pas grave, je serais tout de même présent devant l’écran de mon téléviseur pour son deuxième rendez-vous.

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Publié dans Nurse Jackie

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