« Mental » : Pilote
Le pitch de « Mental » est vite expédié. Jack Gallagher est un thérapeute aux méthodes peu orthodoxes, tout droit venu de la « Perfide Albion ». Ses faux airs de chanteur Sting - en plus bouffi - et son accent identifiable sont là pour le rappeler. Il s'installe dans ses nouvelles fonctions de Directeur au « Wharton Memorial Hospital » de Los Angeles - un institut psychiatrique - le jour même où les forces de l'ordre ont ramassé un malade particulièrement agité, Vincent Martin.
Le Docteur Gallagher débarque dans cet établissement à la manière de Randle McMurphy, dans le film « Vol au dessus d’un nid de coucou ». Hormis que lui se situe de l'autre côté de la barrière sanitaire. Enfin, du moins en apparence. Car, comme tout le monde le sait, la frontière qui sépare la raison de la démence est bien mince. Gallagher doit aussi affronter l'immobilisme et le misonéisme d'une Mildred Ratched aux petits pieds, en la personne du Docteur Veronica Hayden-Jones. Cette dernière va lui chercher des poux dans la tête pendant tout l'épisode, certainement pour masquer le fait qu'elle est amoureuse de lui. Une scène dans laquelle Gallagher organise une petite fête dansante pour faire sortir les patients de leur coquille et de leur torpeur rappellent les tentatives du facétieux McMurphy pour réveiller l'enthousiasme de ses compagnons d'infortune.
Deborah Joy et Dan Levine, les scénaristes, ont appliqué à la lettre le principe de la caractérisation des personnages, qui veut que ces derniers se définissent pas leurs actes et non par leurs paroles. Pour démontrer que Jack Gallagher est un psychiatre peu commun, la sœur et le frère Levine, aussi « showrunners » sur la série - ont imaginé une scène d’introduction aussi navrante que peu crédible.
Les délires hallucinatoires de Vincent lui font appréhender son entourage comme autant de monstres reptiliens. Pour prouver son humanité, il se déshabille et se frappe le torse en répétant le mot « chair ». Dans le but de l'amadouer, Gallagher va suivre le dément dans son délire paranoïaque. Au passage, le spectateur - intéressé par cette option - pourra admirer les larges épaules, le buste magnifiquement sculpté et les abdominaux apparents du brave docteur.
La scène de présentation est très symptomatique puisqu'alors que les éminences grises - et forcement multiethniques - de l'établissement se demandent à quoi le nouveau responsable peut ressembler, Gallagher, que rien ne distingue des autres patients, se tient dans la file d’attente, la jante de son vélo à la main. Le docteur Gallagher n’appartient pas à la race des bureaucrates et des ronds-de-cuir et les scénaristes n’auront de cesse de nous le marteler.
Jack Gallagher a développé depuis son enfance une étrange faculté empathique qui consiste à appréhender la psyché de ses patients et à s’identifier à leurs troubles. C’est bien pratique ! Dans chaque épisode, il va donc prendre un patient sous son aile et il va l’aider à lutter contre ses troubles mentaux, comme il le fait ici avec Vincent. Avant d’arriver à cette conclusion, il aura tout de même affronté les réticences des forces antagonistes incarnées par les parents, le corps médical et la société dans son ensemble.
A ce rythme-là, On se demande combien de temps pourra durer un tel « formula show » alors que, dès le premier rendez-vous, il a déjà montré ses limites !
Comme on sen doutait, l'histoire se termine par un « happy end ». Vincent réintègre le foyer aimant, composé de sa sœur et de ses neveux. Alors que l’intrigue laisse le docteur Gallagher en proie à ses propres démons intérieures et extérieures.
Le pilote n’est qu'une longue successions de clichés ennuyeux que le duo Levine enfile comme d’autres des perles. A l’inverse de « Nurse Jackie », autre série hospitalière qui débute très bientôt sur « Showtime », « Mental » ne possède aucun potentiel. Hélas, Rien, ni personne ne vient sauver cette gabegie doucereuse et sans surprise. La mise en scène est mollassonne, l’intrigue se traine et se perd dans ses circonvolutions, les acteurs sont quelconques et leur jeu se réduit au stricte minimum. Même le « gimmick » du crane qui se referme à l’aide d’une fermeture éclair a été utilisé à maintes reprises. Ce genre d’iconographie était très utilisé, me semble-t-il, dans les années 80.
Le personnage de Vincent Martin est interprété par Silas Weir Mitchell, l’acteur qui jouait « Donny Jones » dans la série « My Name Is Earl ». Il ne change pas de registre et endosse, de nouveau, les oripeaux du malade mental. Son regard est toujours aussi halluciné et son physique « redoutable » se prête très bien à ce genre de compositions.
« Mental » n’est pas une série américaine « stricto sensu » car elle a été produite en Colombie avec des acteurs américains. Comme elle se destine également à un marché hispanique, le casting comprend de nombreux personnages de cette appartenance ethnique.
En résumé, Jack Gallagher ne sera pas le nouveau « Dr. House ». Le spectateur accueille la fin de ce pensum avec un soupir de soulagement. « Mental » appartient à la catégorie des programmes qui va disparaitre rapidement dans le « Triangle des Bermudes » des séries vite oubliées. Dans son cas, aucune explication irrationnelle ne sera nécessaire, seule la logique implacable pourra être invoquée pour expliquer son échec.