« Nurse Jackie »: « Sweet 'n All » (1x02)

Publié le par tejipe

« Comédie noire » produite par la chaîne « Showtime », ce deuxième épisode permet au spectateur de pénétrer l’intimité de Jackie Peyton, une infirmière iconoclaste qui exerce son métier dans un hôpital religieux de New-York. Nous découvrons son charmant et attentionné mari - entr’aperçu à la fin du pilote. Beaucoup plus jeune qu’elle, il est barman de profession. Ses deux filles, que nous avons aussi découvertes dans les mêmes conditions, sont apparemment du même âge, à tel point que l’on se demande si elles sont du même père.

Comme je l’ai déjà écrit dans la notule concernant son pilote, « Nurse Jackie » est un programme qui oscille constamment entre légèreté et gravité. Le générique éthéré - et esthétiquement très réussi - est à l’image de la série. Des analgésiques qui l’aident à combattre son mal de dos flottent en apesanteur au milieu de l’alliance de Jackie - qu’elle enlève et remet à son annulaire - et de son pendentif colorée à l’effigie du Christ. C’est une véritable valse-hésitation des sentiments mitigés, ceux qu’éprouvent Jackie vis-à-vis de sa profession, du mariage et de ses sacrements et de la religion, tout cela intimement lié.

Il semblerait que la lombalgie dont souffre l’héroïne trouve, notamment, son origine dans une cause psychosomatique. L’infirmière fait référence à son mal de dos alors qu’elle coupe les cheveux de son mari. Ce dernier lui indique qu’il n’est pas nécessaire de s’occuper de l’arrière de son crâne, puisqu’il passe ses journées derrière le comptoir. Jackie lui réplique que pour elle « le dos est important ». Cette allusion directe fait référence à son problème de santé, bien sûr, mais elle renvoie aussi au fait qu’elle trompe son mari à son insu. Le procédé est un peu simpliste, certes, mais il semble se tenir, puisque de nombreux chemins nous ramènent à cette explication.

Sa meilleure amie et confidente, le Docteur Eleanor O'Hara, est au courant de sa duplicité. Avant que toutes deux ne pénètrent dans l’enceinte de l’hôpital, elle rappelle à Jackie de retirer son alliance. Alors que cette dernière est apparemment très heureuse en amour - avec un mari qui la comble sur de très nombreux points - le spectateur se demande pourquoi elle ressent le besoin de le tromper sur son lieu de son travail. Surtout que - blasphème - elle exerce sa profession dans un hôpital religieux. Mais il est vrai que le « soldat Jackie » a rejoint le sacerdoce médicale, elle n’a pas épousé les principes de la religion. Sa croyance en Dieu semble à géométrie variable et ne consiste - comme de très nombreuses personnes - qu’en une adhésion de façade.

Puisque l’hôpital dans lequel travaille Jackie allie donc science et croyance, l’intrigue développe deux scènes dans lesquelles il est question du « Boson de Higgs », plus poétiquement appelé la « Particule de Dieu ». Jackie s’étonne que l’on puisse dépenser huit billions de dollars dans l’élaboration d’un « Large Hadron Collider », un accélérateur de particules. Ce programme scientifique est censé corroborer l’existence de cet élément hypothétique. Dans la première scène, c’est Eddie Walzer - le pharmacien de l’hôpital, amant et fournisseur de « drogues » de Jackie - qui l’entretient sur ce sujet passionnant, dans la seconde, c’est elle qui en parle à son mari, alors qu’un reportage sur le sujet est diffusé à la télévision. L’antagonisme évoqué à plusieurs reprises, et qui sous-tend l’histoire, est de nouveau présent ici. Il y a de la science en Dieu et inversement.

De nouveau, cet épisode s’apprécie très facilement, mais il laisse le spectateur quelque peu sur sa fin, avec une impression d’occasion manquée. Au bout du deuxième rendez-vous, il serait peut-être temps que le show décolle réellement. Il serait dommage que les créateurs se limitent à nous assener des scénettes anecdotiques - amusantes ou graves - mais qui ne font pas vraiment avancer l’intrigue. Elles éclairent certes sur la mentalité des personnages et nous démontre comment ils réagissent face à l’adversité. Surtout que le potentiel nécessaire à cette exploitation est disponible, le personnage de Jackie, en tête, n’est pas unidimensionnel et il est porté par l’excellent jeu de l’actrice Edie Falco.

A l’image d’un animal en peluche, Jackie se fait beaucoup étreinte dans ce show. Il est vrai que l’infirmière se prête à ce genre de démonstration, car elle donne beaucoup d’elle-même. Le présomptueux Docteur Fitch Cooper n’est pas en reste quand Jackie reconnait qu’il est en définitif un bon praticien. Ceci dit, Jackie précise à Zoey, qui s’interroge sur la validité de la voie qu’elle a empruntée, que « Les docteur diagnostiquent, les infirmières soignent ». Cette remarque corrobore la volonté des « showrunners » de la série - majoritairement féminines - qui souhaitent démontrer que les premiers ne peuvent exercer leur profession sans la présence indispensable des secondes.

L’oreille nécrosée du diplomate libyen que Jackie avait jeté dans la cuvette des toilettes ressurgit sous les yeux ébahis de l’impressionnable nouvelle recrue Zoey Barkow. Un patient psychotique gifle violemment Jackie et agresse le personnel soignant de l’hôpital, dont l’impressionnant Thor, un employé scandinave au physique connoté. Une patiente qui fumait, alors qu’elle était sous réservoir à oxygène, est admise aux urgences, le visage cramoisi. Voilà les scènes que j’évoquais et qui sont certes amusantes et révélatrices, mais qui n’aident pas à construire une intrigue solide et digne de ce nom.

Un mot tout de même sur ce fameux « Sweet 'n All » qui donne son nom à l’épisode. Jackie a l’habitude de réduire en poudre les analgésiques qu’elle prend pour calmer la douleur. Elle mélange la préparation à des sachets d’édulcorant au goût sucré et elle reverse la fine poudre à l’intérieur. Ainsi, ni vu, ni connu, l’utilisation de sa drogue est transparente et son absorption anodine. Malheureusement, Gloria Akalitus, l’administratrice de l’hôpital, subtilise un sachet que Jackie est en train d’utiliser, le verse dans son café et boit devant ses yeux. Elle passera le reste de l’épisode à littéralement planer. Elle viendra même étreindre Jackie alors que, d’habitude, les relations entre les deux femmes ne sont pas vraiment au beau fixe.

On l’aura compris, la mécanique en œuvre sur « Nurse Jackie » nécessite quelques réglages. Espérons que ces derniers seront rapidement effectués pour qu’enfin, le programme prenne son envol et cesse de voler aux ras-des-pâquerettes, aussi adorables soient-elles.

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Publié dans Nurse Jackie

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